Cette section illustre l’un des modes d’exploitation des correspondances privées, qui consiste à sélectionner un type d’information récurrent, linguistique ou factuel, pour le mettre en série et développer des comparaisons à travers les langues, les locuteurs, l’espace géographique ou la chronologie. Nous en offrons pour l’instant – dans un état provisoire en cours d’incrémentation – deux exemples, linguistique dans un cas, événementiel dans l’autre.

Le repérage de proverbes, dictons et expressions imagées permet notamment de vérifier l’ancienneté de ces formulations, que l’on retrouve fréquemment à travers plusieurs siècles et différentes langues romanes, ou plus largement européennes, leur plus ou moins grande diffusion, les variations formelles et éventuellement sémantiques qu’elles connaissent, ainsi que les champs sémantiques qu’elles investissent de façon prédominante dans une culture donnée. Leur fréquence inégale dans les lettres des différents épistoliers signale par ailleurs une tension rhétorique, motivée par la volonté de convaincre un interlocuteur. Le proverbium est l’une des figures préconisées par les normes épistolaires du temps et des répertoires de proverbes sont parfois associés aux traités d’ars dictandi. Son emploi s’associe fréquemment à une position d’autorité. Francesco Datini l’emploie beaucoup plus dans ses lettres à sa femme, ses employés et autres dépendants que ceux-ci ne le font dans les messages qu’ils lui adressent.

 Le tableau de dénombrements de décès à l’occasion d’épidémies rassemble des évaluations propagées des milieux médicaux et administratifs par la rumeur dans diverses villes d’Europe, avant d’être communiquées à distance. Après une première manifestation en Europe occidentale de la Peste Noire en 1347-1348, cette épidémie revient par vagues séparées d’une douzaine d’années et elle n’est naturellement pas la seule à sévir. C’est aussi à cette époque et sous la plume du médecin maestro Naddino Bovattieri que le terme d’influenza apparaît dans le toscan dans l’acception de ‘grippe’ qu’il a conservée en italien. Comparer le nombre de décès, la typologie des morts (jeunes ou vieux, femmes en couche, riches ou miséreux, etc.) et les symptômes parfois indiqués permet jusqu’à un certain point de différencier ces épidémies et d’en préciser la chronologie, la diffusion géographique et la virulence.

Les Proverbes

Les Épidémies